[Film] Angel Heart - Alan Parker, 1987

Angel Heart fait partie de ces films qui nous entraînent progressivement vers l’inattendu. Difficile en effet de s’imaginer jusqu’où va nous mener l’intrigue au vu du début du film, qui ressemble à un film de « privé » style Hard Boiled, dans le décor classique du Brooklyn des années 50. Mais petit à petit, l’élément fantastique se met en place, alors que l’on suit l’enquête d’Harry Angel (Mickey Rourke) sur les traces de Johnny Favorite, crooner qui semble avoir disparu sans laisser de traces. Une sombre histoire de vaudou, de magie noire et de satanisme, dont l’étrangeté et le dépaysement se trouve renforcé dès que l’histoire se déplace de New York à La Nouvelle Orléans.

Alan Parker excelle à mettre en place une ambiance malsaine, poisseuse et collante. On a vraiment l’impression de ressentir la chaleur étouffante écrasant Harry Angel. Au-delà du mystère « Favorite » et ses révélations, passionnantes et inattendues, tout le film s’ingénie en effet à montrer la plongée du détective privé au sein d’un univers de plus en plus macabre et glauque, où ses repères s’effritent au point qu’il voit sa raison vaciller. Perdant de plus en plus le contrôle, Harry Angel sent le piège se refermer sur lui, pris au milieu d’une cascade d’assassinats sanglants qui semble s’en prendre à tous ceux qui ont pu un jour approché le chanteur disparu. Une véritable descente aux enfers, renforcée par les rêves étranges d’Angel, des images entêtantes (celle d’un ascenseur grillagé qui n’en finit plus de descendre, ou d’un ventilateur remuant au ralenti un air poisseux) et la partition étouffante d’Howard Shore. Sans concession, le film nous emmène au bout du cauchemar éveillé de son personnage principal, pour une conclusion ou l’optimisme n’est pas de mise…

Mickey Rourke, littéralement habité par son rôle, décroche ici ce qui reste sans doute son meilleur rôle, prouvant son énorme talent malgré les déboires qu’a connu sa carrière par la suite. Sans doute possible, il EST Harry Angel. Face à Rourke, De Niro assure en étrange commanditaire dont on devine bien vite la véritable nature… Leurs scènes en commun sont une sorte de point d’orgue à un film passionnant et dérangeant.